Est-ce à cela que ressemble la démocratie ? Is this what democracy looks like ?

Hier, comme prévu à 14 heures, nous nous rendons devant chez le Maire de New York, Monsieur Michael Bloomberg pour nous indigner, comme nous le faison depuis maintenant deux mois. En effet, il avait été prévu, hier, de tous se retrouver devant la maison scandaleusement luxueuse de Bloomberg pour y tenir un siège musical de 24 heures.

Au début peu de monde, puis, petit à petit les gens affluent des quatres coins de la ville pour nous soutenir. Certains journalistes sont présents. Pas les grands organes de presse “officiels” mais des petits médias indépendants, qui eux, ont à coeur de faire leur devoir d’information. Des barrières ont été installées à la va-vite par les policiers de la NYPD. On voit que pour une fois, c’est eux qui ont été pris de court ! Et ça, après s’être fait tabasser à 2 heures du mat’ quelques jours plus tôt, ça fait drôlement plaisir !

Toujours est-il que nous ne parviendrons pas jusque devant chez le maire, qui avait pris la précaution de faire bloquer SA rue personnelle aux passants (à moins que vous habitiez le quartier). On est plu à ça près…

Le Maire Bloomberg avait pris la précaution de faire bloquer toutes les rues menant à sa maison pour ne pas être dérangé

Bref, nous installons donc les duvets et les tambours de l’autre côté de la rue (côté Central Park) et commençons à jouer dans la bonne humeur, sous le regard approbateur des passants. Beaucoup se joignent à nous pendant quelques minutes, dansant et chantant dans le froid New Yorkais. On voit que malgré la censure médiatique évidente, de plus en plus de gens nous connaissent et nous soutiennent, touristes compris !

Dans l’ambiance feutrée d’un Upper East Side qui n’aime pas être dérangé, nous sommes plusieurs centaines et nous continuons à chanter. Quand, coup de théatre, nous recevons la visite de l’assistante personnelle du maire en personne, visiblement énervée. Pendant quelques minutes, sous les huées, elle nous explique que le maire se sent pris en otage dans sa propre maison (le pauvre, rien que le salon est plus grand que tout mon appart…) et n’ose plus sortir de chez lui. On aurait presque sorti les mouchoirs.

Elle embraye en nous faisant la morale, en nous demandant si l’on se croyait “dans une sorte de théatre médiéval” avec nos tambours et notre soif de justice. “Comment vous réagiriez-vous si des gens débarquaient chez vous sans sommation au milieu de la journée ?” continue-t-elle. C’en est trop pour nous ! C’est l’hopital qui se fout de la charité ! C’est la théière qui repproche à la marmite d’être noir (expression anglaise). Nous nous sommes fait charger à 2 heures du matin SUR ORDRE DE BLOOMBERG sans sommation et voila que son assistante se plaint que nous dérangions un milliardaire à 16 heures un dimanche devant chez lui ?!!! C’en est fini de son petit couplet, nous hurlons notre indignation et notre mécontentement. Elle prend la poudre d’escampette, penaude, réalisant l’énormité de ce qu’elle vient de sortir. Nous avons gagné et le concert redémarre de plus belle !

Ma joie sera de courte durée. En discutant avec ma voisine de droite, j’apprends qu’elle vient de perde son emploi, qu’elle croule sous les dettes et que sa maison vient d’être saisie. La banque, JP Morgan, vient de l’obliger à vendre sa dernière possession, la bague de mariage que lui avait offerte son défunt mari. Elle vient de Jacksonville, Floride, pour s’indigner et demander justice. Elle n’a plus rien. Ils lui ont tout pris. Elle nous rappelle pourquoi nous nous batons.

Pour rétablir la démocratie.

Les 99%, c’est elle,

c’est moi,

c’est nous.

Empêchez nous de rêver, nous vous empêcherons de dormir

Bloomberg. Pour beaucoup d’entre vous, ce nom n’évoque pas grand chose. Une chaine d’information financière tout au mieux.  Certains vont sûrement être choqué d’apprendre que Michael Bloomberg, le milliardaire fondateur de l’empire de l’information financière, n’est autre que… le maire de New York. Et oui, c’est ça le rêve américain de nos jours ! L’homme le plus puissant de la ville de par ses fonctions politiques, celui qui nous ignore et nous dénigre depuis deux mois, est également une des personnes les plus riches du pays, ayant bâti sa fortune colossale, au service même de cette oligarchie financière, responsable de la situation actuelle.

New York, c’est le cynisme poussé à son paroxysme. Les 1% ne se cachent même plus. Ils ne font même plus semblant. Ils ont verouillé le système à double tours. Il est donc clair, que nous n’avons rien à attendre d’eux. Obama, Bloomberg, Bernanke… finalement, quelle différence ? Des corrompus déconnectés de la réalité, au service de ceux qui ont fait leur fortune et leur pouvoir.

Et bien aujourd’hui, nous allons montrer à M. Bloomberg ce que nous en pensons. Aujourd’hui à 14h00, nous organisons une petite sauterie devant la maison de notre cher maire. Oui oui, sa maison, en plein Manhattan. Une monumentale demeure à 15 millions de dollars. Un tel luxe en est dégoutant. Alors que des millers de familles perdent leur maison chaque jour, la personne censée trouver une solution, rentre chez elle tous les soirs, s’installer les doigts de pieds en éventail devant son feu de cheminée, affalée dans son canapé en peau de léopard, préparant son prochain communiqué expliquant au monde à quel point insignifiants sont ces cafards, amassés dans le froid à Wall Street. Une poignée d’utopistes fainéants.

les indignés devant chez BloombergA 14h00, Bloomberg va avoir plus de mal que d’habitude à lire confortablement Golf Digest. Pendant 24 heures, c’est un vrai concert que nous lui réservons. Tambours et trompettes seront de sortie au 17 East 79th Street. Pendant 24 heures (ou du moins, jusqu’à ce que nous nous fassions gaser par la NYPD et arrêter), nous souhaitons bien du courage à notre cher maire pour continuer à nous ignorer.

Il nous emêche de rêver ? Nous l’empêcherons de dormir ! Nous en avons assez et exigeons que tout cela change. Que cesse cette hérésie, ce cynisme absolu.

Je suis les 99%. Nous sommes les 99%.


Un 17 novembre

Lorsque nous nous reveillons le matin de 17 novembre, il reigne à Wall Street une ambiance de chaos. Les policiers nous ont chargé toute la nuit et ont confisqué toutes nos installations. Nous n’avons presque plus rien. En état de choc, sans bien comprendre ce qu’il nous est arrivé, nous déambulons, sans repères autour de ce qui fut pendant près de deux mois notre maison à tous. La kitchen est dévastée, des cartons écrasés jonchent le sol.

Il faut netoyer. C’est ce que Bloomberg, maire de NY, avait donné comme ordre aux policiers. Ils peuvent être fiers. Mission accomplie avec succès. Passé l’étourdissement, des groupes se reforment. Comme des fourmis dérangées par une intrusion extérieure, nous nous réorganisons. Aujourd’hui est un jour important. Très important. C’est aujourd’hui que nous célèbrons les 2 mois de notre action. 2 mois qui auront vu notre exposition médiatique passer de 0 à un mouvement planétaire. 2 mois au cours desquels arrestations arbitraires, nuits dans le froid et marches dans la ville se sont succédées. Mais surtout 2 mois au cours desquels nous avons mesuré la solidarité dont nous sommes encore capables, en 2011. Pour avoir vécu cela de l’intérieur, je peux vous dire que voir arriver des notes et paquets de soutien du monde entier fait chaud au coeur. Aujourd’hui, nous ne recommençons pas de zéro. Non, aujourd’hui quelque chose de nouveau commence ; le début d’une nouvelle ère.

Dès le petit matin, nous pouvons sentir les frémissements d’une rage nouvelle. Une rage sourde et, paradoxalement, seraine. La NYPD et la mairie ne semblent pas comprendre que réprimer le mouvement ne fait que le renforcer ; ne fait que nous souder d’avantage ; ne fait que nous motiver toujours plus afin de représenter ceux qui ne peuvent pas être avec nous en ce moment, ceux qui, tout autour du monde placent en nous leurs espoirs d’un monde meilleur. Notre responsabilité est trop grande pour céder. Nous sommes déterminés à écrire aujourd’hui ce qui restera dans l’histoire comme le jour où tout a basculé. “The whole world is watching, today we make history”.

En ce 17 novembre, tout au cours de la journée, les arrestations se sont succédées, comme à chaque fois. Sauf qu’aujourd’hui, en fin d’après-midi, nous avons été rejoints par des étudiants venus de toute la ville pour s’indigner avec nous, puis plus tard, par une véritable marée humaine de new yorkais de tous ages, classes, et religions. Tous ensemble nous n’avons eu de cesse que de réclamer justice, de nous indigner contre cette élite politico-financière corrompue. Le cortège a ainsi défilé dans la ville pour se diriger vers le Brooklyn Bridge, désormais symbole de la résistance, depuis que, un mois plus tôt, la police nous y avait bloqué puis avait procédés à des centaines d’arrestations.

Je dirais qu’au total nous devions bien être 25 000. Certains annoncent 30 000, d’autres plus. Peu importe au final. Ce qui compte c’est que pour la première fois, personne n’a pu nous ignorer. Le traffic a été fortement perturbé et nous avons  même projeté sur les mur et les immeubles, des slogans et des images.

Nous commençons même à avoir le soutien d’ancien policiers, eux aussi indignés contre ce système injuste et scandaleux, et eux aussi réduit au silence :

Le mouvement prend de l’ampleur. Nous ne pouvons plus être ignorés.

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